“Chante, déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d’âmes fières de héros…” Ainsi commence L’Iliade, le classique d’Homère. Achille est en colère. Sa colère est-elle utile ou nuisible ?

Je travaille avec une organisation en charge de la formation des premiers répondants, tels que les policiers et les pompiers. Lors d’un récent appel avec eux, un pompier, Joël, a partagé un témoignage de colère. Un matin, il faisait ses courses pendant l’heure réservée exclusivement aux premiers répondants. Les magasins d’alimentation offrent ce service en ouvrant une heure plus tôt que la normale pour aider les premiers répondants à combler leurs besoins en raison des horaires variés qu’ils ont et pour honorer ce qu’ils font pour nous tous pendant cette période difficile.

Une file d’autres clients s’était déjà formée près de la porte, attendant d’entrer. Un homme de la file a vu passer Joel en uniforme de pompier, alors qu’il entrait dans le magasin. L’homme a dit avec colère : “Pour qui vous prenez-vous, pouvant entrer plus tôt que nous autres ?”.

La colère est une émotion que nous pouvons tous ressentir et dont nous pourrions être témoins à tout moment.

Exprimer la colère, en temps voulu, avec la quantité et la raison appropriées, peut nous protéger. C’est une émotion qui nous pousse à prendre des mesures pour défendre nos limites. Si quelqu’un envahit notre espace, la colère peut alors nous stimuler à nous battre et à nous protéger. De tels événements ont tendance à être de courte durée. Une limite est franchie, nous utilisons la colère pour nous protéger, puis nous revenons à un état de calme. C’est une utilisation utile de la colère.

L’homme au magasin a senti que la limite de sa tolérance était franchie et il s’est mis en colère. Pourquoi un premier répondant devrait-il avoir un accès privilégié à l’épicerie ? Après tout, nous luttons tous pour que nos besoins soient satisfaits pendant cette période difficile. Peut-être l’homme avait-il aussi un travail difficile et comparait-il sa situation à celle des pompiers ?

La colère devient néfaste lorsqu’elle manque de vision, lorsque nous créons des limites qui ne tiennent pas compte des besoins des autres. Les premiers répondants sont en première ligne de cette pandémie, ils travaillent pour le reste d’entre nous, pour assurer notre sécurité. Ils sont comme les soldats de cette guerre contre le coronavirus. L’homme du magasin a perdu de vue le service qu’ils fournissent pour assurer sa sécurité. Il a oublié que son besoin de sécurité était satisfait par Joël. Il aurait dû réfléchir à ce qu’il pouvait faire pour satisfaire les besoins des premiers répondants. La vie est une rue à double sens en matière de service. Autrement dit, on rend service et on bénéficie de services. Honorer le privilège qu’ont les premiers répondants de faire ses courses à l’épicerie, une heure plus tôt que ce qu’il a pu faire lui-même, serait un moyen d’y parvenir.

Le côté sombre de la colère persiste longtemps après l’événement. L’esprit s’y attarde, pensant à la façon dont nous avons été offensés ou traités injustement. Avec le temps, la colère se transforme en rancœur et commence à empoisonner notre attitude. C’est probablement ce qui s’est passé avec l’homme du magasin. L’événement s’est terminé aussi vite qu’il a fallu à Joël pour entrer dans l’épicerie. Pourtant, la colère a probablement persisté chez l’homme qui faisait la queue parce que l’objet de sa colère n’était plus là. Il est resté seul avec sa colère. Son esprit s’est probablement attardé sur l’injustice de la situation, ce qui s’est peut-être transformé en rancœur pour les premiers répondants.

Une telle colère aveugle et nuisible témoigne d’un oubli, d’une perte de compréhension du fait que nous sommes ensemble dans cette situation. En redirigeant notre attention vers les besoins des autres, nous diminuons l’usage nuisible de la colère. Nous avons tous besoin d’être au service des autres, pas seulement les premiers répondants. Avec cet état d’esprit, nous pouvons passer à l’antidote de la colère nuisible et guérir tout le monde. Cet antidote est l’émotion de l’amour. Au lieu de nous nourrir de versions nocives de la colère, nous nous nourrissons d’amour. L’amour relie, il guérit les relations et notre monde. Nous nous tournons vers l’amour pour aider le tout, et pas seulement nous-mêmes.

L’homme du magasin était intérieurement agité ; il avait des émotions en conflit. Cet état intérieur s’exprimera à un moment donné. La colère et la rancœur accumulées ont tendance à s’exprimer de façon explosive, avec violence. Si nous plongeons dans le côté obscur de la colère, nous nous déchirons nous-mêmes et notre monde. Tout comme la fureur d’Achille, la colère peut entraîner d’innombrables malheurs et conduire nos âmes en enfer où nous demeurerons et ne trouverons aucune issue.

Nous devons développer la conscience afin d’éviter d’être envahis par notre colère. Cette prise de conscience peut se faire en répondant simplement à des questions. L’homme a demandé : “Pour qui vous prenez-vous, pouvant entrer plus tôt que nous autres ?” S’il avait pris conscience de la réponse à sa question, il aurait peut-être compris pourquoi Joël avait un accès privilégié au magasin. “Pour qui vous prenez-vous ?” aurait reçu la réponse suivante : un premier répondant. “Pouvant entrer plus tôt que nous autres ? ” aurait reçu la réponse : nous sommes en guerre et ils se battent pour nous protéger. Ce genre de prise de conscience mène aux liens et à l’amour. La prochaine fois que cet homme aurait été dans une telle file et aurait vu un privilège, il aurait pu répondre avec amour et exprimer sa gratitude envers Joël pour son besoin essentiel d’être en sécurité.

Conseil pratique : comment transformer la colère en amour

Lorsque vous rencontrez quelqu’un et que vous vous demandez “Pour qui vous prenez-vous ?”, vous risquez de vous mettre en colère. Transformez la colère en répondant à la question. Faites-le en vous penchant sur la façon dont nous sommes tous connectés et en subvenant aux besoins des autres. N’oubliez pas que la vie est une rue à double sens. Ensuite, agissez. Soyez aimant. Faites passer votre esprit de “Pour qui vous prenez-vous ?” à “Je sais qui vous êtes. Tu es comme moi, et nous sommes au service les uns des autres.” Alors dites-le-leur ; ils vous aimeront pour cela.

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