Il y a cent quarante-et-un ans, le 30 mars 1880, Yamaoka Tesshu, le maître épéiste à l’origine de l’Ecole du Sans-Epée, atteignait l’illumination. Il a résolu le koan : “Lorsque deux épées étincelantes se rencontrent, il n’y a aucun endroit où s’échapper ; avancez avec sang-froid, comme une fleur de lotus qui s’épanouit au milieu d’un feu rugissant, et percez avec force les Cieux !” Tesshu a formulé sa solution ainsi : Un vrai pratiquant se déplace sans hésitation, à travers la confusion et le chaos du monde sensoriel, en évitant toute dualité.

La solution de Tesshu contient d’importantes références à la dualité et à l’unité qui nous aident à comprendre la préparation mentale. La préparation mentale doit aborder le type d’esprit dont nous avons besoin lorsque nous sommes engagés dans l’expérience, qu’il s’agisse d’un combat à l’épée ou d’escalade.

Tout d’abord, le koan décrit un combat : lorsque deux épées étincelantes se rencontrent. Par conséquent, nous ne sommes pas en train d’intellectualiser ; nous sommes engagés dans une expérience. Nous sommes dans la zone de stress et nous ne pouvons pas nous échapper dans la zone de confort. Le corps et l’esprit ont besoin d’être soutenus dans l’expérience.

Deuxièmement, la solution de Tesshu incarne des processus. Il a compris que l’esprit pense en dualité pour donner un sens au monde. Il comprend la lumière parce qu’il y a aussi l’obscurité. Il comprend le confort parce qu’il y a aussi le stress. Pourtant, Tesshu a compris que pour bien combattre, lorsque l’on est engagé dans l’expérience réelle, on a besoin d’unité. Le corps et l’esprit ont besoin d’être une seule unité, pas deux.

Quand il dit “un pratiquant se déplace sans hésitation”, il veut dire que le corps est engagé dans le processus de déplacement, sans hésitation de l’esprit. L’esprit n’hésite pas parce qu’il n’est pas en train de penser. Nous n’avons pas d’unité si l’esprit pense. Nous avons la dualité. L’esprit pense : “Vais-je gagner ou perdre ?” L’esprit est perdu dans la dualité et hésite, car il n’est pas sûr du résultat ou de pouvoir l’atteindre.

Tesshu continue : “à travers la confusion et le chaos du monde sensoriel.” La vie et la croissance incluent le stress, qui provoque la confusion et le chaos pour l’esprit. Et, “le monde sensoriel” indique comment nous interagissons avec le monde. Nous interagissons via nos sens. Rappelez-vous, le koan fait référence au fait d’être engagé dans l’expérience de “quand les épées étincelantes se rencontrent”. Ce n’est pas le moment d’intellectualiser avec l’esprit. Nous interagissons avec le monde, le stress, sensoriellement, avec nos sens et notre respiration. Ce sont des processus continus sur lesquels nous maintenons notre attention. Enfin, nous “évitons toute dualité” parce que notre attention n’est pas focalisée dans l’esprit, en pensant à gagner ou à perdre ; elle est focalisée dans le corps sur l’expérience du combat. L’esprit est conscient, mais n’est pas engagé dans la réflexion.

La dualité divise notre attention. Nous nous concentrons sur un résultat final futur que l’esprit veut atteindre, tandis que le corps est engagé dans le processus actuel de combat ou d’escalade. L’unité vient du fait que l’esprit et le corps sont tous deux concentrés dans l’instant présent. Le corps est toujours dans l’instant présent : il bouge et respire d’instant en instant. Lorsque nous sommes engagés dans une expérience, nous avons besoin d’arrêter de penser pour placer l’esprit dans l’instant présent. L’esprit a besoin d’observer, d’assimiler les billions d’informations perçues, de les traiter intuitivement, afin de pouvoir se manifester au travers du corps. Notre attention doit se concentrer sur les processus corporels et non sur les résultats finaux mentaux. Lorsque l’esprit est concentré de cette manière, l’unité est atteinte entre le corps et l’esprit.

Les entraînements de The Warrior’s Way mettent l’accent sur l’engagement de notre attention pour soit “s’arrêter et penser”, soit “bouger et agir avec le corps”. Nous faisons notre réflexion, qui est dualiste, aux points d’arrêt d’une voie, lorsque nous sommes dans nos zones de confort. Nous analysons l’objectif, les conséquences et élaborons un plan. Nous évaluons la dualité entre notre désir d’atteindre l’objectif et les conséquences, et nous prenons une décision. Puis, lorsque nous nous engageons dans l’action, dans la zone de stress de l’expérience, nous dirigeons notre attention vers le corps, vers les processus de respiration et de mouvement. Aucune pensée n’est impliquée. L’esprit est transporté en tant qu’observateur présent, recueillant les informations de l’expérience et les transmettant directement au corps de manière intuitive.

L’illumination consiste simplement à dépasser la compréhension dualiste limitée de l’esprit. Il a fallu à Tesshu 40 ans de pratique intense de l’escrime et du zen pour atteindre l’illumination. J’ai étudié et pratiqué intensément The Warrior’s Way pendant environ la moitié de cette période. Je commence tout juste à comprendre les limites de l’esprit et comment l’observer, afin de pouvoir le transcender. Peut-être que 20 ans supplémentaires d’étude et de pratique intenses me permettront d’atteindre l’illumination ?

Conseil Pratique : Unité du Corps et de l’Esprit

Lorsque vous vous reposez, reposez-vous ; lorsque vous grimpez, grimpez ! Lorsque vous êtes engagé dans une expérience – deux épées étincelantes qui se rencontrent – vous avez besoin de l’unité du corps et de l’esprit. La réflexion est importante, mais vous avez besoin de la faire avant de vous engager. Faites une évaluation approfondie des risques aux points d’arrêt/de repos pour vous assurer que vous prenez un risque approprié. Ensuite, mettez de côté la réflexion et engagez-vous dans l’action.

Vous mettez de côté la réflexion en portant votre attention sur les processus du corps : la respiration et le mouvement. Maintenez votre attention sur ces processus et permettez à votre esprit d’être simplement présent, d’observer et de renvoyer intuitivement des informations au corps.

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