Note du traducteur : Dans le texte original en anglais, Arno utilise le mot “grit” qui a deux significations, le cran et le grain (petite particule de roche ou de sable) et joue avec ces deux sens.

La qualité mentale la plus importante à avoir est le cran (grit), qui est la capacité à rester engagé quand on est stressé. Dans le domaine physique, un grain (grit) est une particule abrasive comme le sable. Le papier de verre et les meules utilisent des particules abrasives pour poncer et meuler les métaux durs. Le grain nous permet d’appliquer un abrasif sur le métal, à l’état brut, pour créer de nouveaux produits métalliques.

Dans le domaine mental, le cran est l’esprit indomptable, la ténacité et la persévérance. Le cran signifie que nous restons engagés dans les situations difficiles et que nous n’abandonnons pas. Le cran nous permet d’appliquer ces équivalents d’abrasif mental pour poncer et rectifier notre chemin à travers des défis difficiles afin d’atteindre nos objectifs.

Rien ne nous donne un meilleur exemple de cran que d’escalader une fissure off-width, en particulier une fissure off-width dans un toit. Ces types d’escalades sont de véritables luttes et ont tendance à ne pas avoir la finesse des autres types d’escalade. Ils exigent un effort soutenu et, lorsque nous avons envie d’abandonner, de fournir encore plus d’efforts même si nous pensons que nous n’avons plus rien à donner.

Un bon exemple de cela est une vidéo de Tony Yaniro escaladant le Paisano Overhang à Suicide Rock, en Californie. (J’ai inclus le lien youtube) Paisano est une fissure off-width brutale dans un toit en 5.12c, escaladée en libre pour la première fois par John Long en 1973. Tony coince ses pieds au fond de la fissure du toit, puis déplace ses deux mains, en les superposant pour coincer dans la large fissure. Puis il répète le processus. Il superpose ses mains puis ses pieds glissent hors de la fissure, mais il ne lâche pas prise. Il persiste en remettant ses pieds dans la fissure pour pouvoir déplacer ses mains un peu plus loin dans le toit.

La plus grande limite à ce genre d’effort et au développement du cran est notre façon inconsciente d’éviter le stress. Les coachs, instructeurs et autres nous encouragent à ignorer ou à éviter le stress. Lorsque nous faisons un entraînement difficile, nous sommes encouragés à penser à autre chose afin de ne pas trop remarquer le stress. Lors d’une escalade difficile, on nous encourage en nous disant “Tu vas l’avoir”. Le coaching est orienté vers le confort de “l’avoir” et non vers la façon de traverser le stress. Cette approche est connue sous le nom de “l’esprit dominant le corps”, ou la résistance mentale, ce qui signifie que l’esprit est plus résistant que le corps. L’accent est mis sur l’esprit. Le principe est le suivant : notre pouvoir vient du fait que notre esprit est fort pour faire faire au corps ce que nous voulons qu’il fasse.

Cette approche est à l’envers. L’esprit est en fait le maillon le plus faible. Lorsque nous faisons un effort, nous sommes en dehors du domaine de l’esprit – la zone de confort. Exercer un effort relève du domaine du corps. L’esprit doit rester flexible et simplement observer l’ensemble du processus. Il doit rester calme pendant que le corps applique sa puissance, se frayant un chemin à travers le défi. Il s’agit d’une approche “corps dominant l’esprit”, mais guidée par cette qualité d’observation.

Nous devons observer ce qui se passe dans l’esprit et dans le corps. Nous observons la tâche sur laquelle nous devons concentrer notre attention et la redirigeons continuellement vers cette tâche. L’attention dans le moment présent est le cran qui nous permet de traiter le stress efficacement. Cette qualité d’observation n’est pas le corps ou l’esprit. Je la désigne sous le nom de témoin. C’est notre conscience de ce qui se passe dans le corps et dans l’esprit. Nous observons la tendance de l’esprit à s’endurcir et à éviter le stress et restons flexibles en redirigeant notre attention sur le corps, en nous frayant un chemin à travers lui. Le cran, c’est notre conscience de l’endroit où se trouve notre attention et notre capacité à la rediriger continuellement vers la tâche à accomplir. Notre témoin est notre source de pouvoir.

L’esprit pensera à des moyens d’éviter le stress. Nous sommes témoins de ces pensées et nous redirigeons notre attention vers le corps, ce qui permet à l’esprit de rester flexible. Le corps se tendra sous l’effet du stress. Nous sommes témoins de cette tension et redirigeons notre attention vers la détente afin que le corps puisse traiter le stress.

Si nous faisons de l’exercice physique ou si nous sommes confrontés à une fissure off-width difficile dans un toit, notre témoin nous encourage à trouver des moyens de traiter le stress. L’attention doit être dans le corps. Nous traitons le stress en respirant, en nous relaxant et en faisant de petits mouvements. L’esprit reste calme et flexible, ce qui permet au témoin de diriger et de rediriger son attention pendant les moments d’effort. C’est le cran mental en action.

Le grain (grit) physique prend quelque chose de dur dans un état brut, le broie et crée quelque chose de nouveau. Le cran (grit) mental prend le corps dans son état actuel, utilise un dispositif comme un entraînement ou une fissure off-width, et applique notre attention pour nous frayer un chemin à travers lui. Ce faisant, nous élargissons notre zone de confort. Nous apprenons que le corps peut faire plus que l’esprit ne le pense, si nous sommes capables de rester flexibles et d’observer l’ensemble du processus de la perspective du témoin.

Conseil pratique : Le Pouvoir de l’Un

L’un des moyens les plus efficaces de faire face aux limites de l’esprit est de trouver de petites mesures concrètes que vous pouvez prendre pour rester engagé. Cela vous permet de rester dans le stress sans le fuir. Faire un petit peu plus, au lieu d’abandonner, vous aide à développer du cran.

Lorsque vous vous fixez l’objectif de faire 50 pompes, n’en faites pas 50, mais 51.

Lorsque vous tenez une pose de yoga pendant 3 minutes, en attendant que la minuterie retentisse, continuez à la tenir pendant quelques secondes après avoir entendu la minuterie. Ne regardez pas non plus la minuterie. Savoir combien de temps il reste est une astuce pour calmer l’esprit en lui donnant un résultat final sur lequel se concentrer. Ce faisant, vous détournez votre attention du corps et du traitement du stress.

Lors d’une escalade, lorsque votre esprit veut abandonner, restez engagé. Poursuivez l’expérience en grimpant la section suivante. Faites un mouvement vers le haut ou vers le bas. Restez dans votre position et reposez-vous. Faites tout ce que vous voulez, sauf abandonner.

Leave a Reply